Déclaration de la France au 13ème Congrès pour la Prévention du Crime et la Justice Pénale (Doha, 14 avril)

Déclaration de la France au 13ème Congrès pour la Prévention du Crime et la Justice Pénale
Doha 12-19 avril
Prononcée par Madame Marion Paradas
Représentante permanente de la France auprès de l’Office des Nations Unies et des Organisations internationales à Vienne

Monsieur le Secrétaire général
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Directeur exécutif
Mesdames et Messieurs les chefs de délégations,
Mesdames et Messieurs les délégués,

La France souscrit pleinement au discours prononcé dimanche par la représentante de l’Union européenne et souhaite, à titre national, faire les remarques suivantes.

Permettez-moi tout d’abord de remercier et de féliciter le Qatar pour son accueil et pour l’organisation remarquable de ce Congrès, qui va définir les grandes lignes de l’action de la communauté internationale dans le domaine de la prévention du crime et de la justice pénale pour les cinq prochaines années. A un moment où les activités criminelles se diversifient et menacent plus que jamais la stabilité et la prospérité de nos sociétés, il est primordial de réaffirmer ici notre engagement commun pour le renforcement de la coopération internationale.

La ratification et la mise en œuvre des Conventions internationales constituent les bases de cette coopération. La Convention de Palerme sur la lutte contre la criminalité organisée, qui a déjà plus de 15 ans, reste pourtant dépourvue de mécanisme d’examen. La France appelle à l’établissement rapide d’un tel mécanisme, qui permettrait de faire l’évaluation de sa mise en œuvre et d’apporter aux Etats parties l’assistance dont ils ont besoin à cet effet.

Monsieur le Président, Mesdames et messieurs

Pour assurer l’efficacité de la lutte contre la criminalité organisée, il est primordial de s’appuyer sur des systèmes judiciaires indépendants, impartiaux et crédibles, qui garantissent pleinement le respect des droits de la défense et du droit à un procès équitable.

A cet égard, La France tient à réaffirmer son opposition constante et résolue à la peine de mort, en tous lieux et en toutes circonstances. Ce châtiment inhumain, qui n’a pas d’effet dissuasif prouvé, ne contribue en rien à l’efficacité de la lutte contre le crime organisé. Nous encourageons donc tous les Etats appliquant la peine de mort à établir un moratoire, en vue de son abolition définitive.

La France tient aussi à souligner l’importance qui s’attache à la mise en place de systèmes de justice pénale efficaces et au renforcement de la coopération judiciaire régionale et internationale. En effet, l’impunité constitue l’un des principaux obstacles à la lutte contre les groupes criminels transnationaux, pour lesquels le franchissement des frontières représente trop souvent l’assurance d’échapper à toute poursuite.

C’est la raison pour laquelle la France soutient et contribue au financement de plusieurs programmes de l’ONUDC consacrés au renforcement de la coopération judiciaire pénale en Afrique de l’Ouest et au Sahel, en particulier le Réseau WACAP. Les réseaux de procureurs et de coopération judiciaire sont des outils puissants pour le renforcement de l’état de droit et la consolidation de la paix et de la sécurité. Nous encourageons la communauté internationale et les principaux pays donateurs à les soutenir et à les développer.

Monsieur le Président,

Certaines formes de criminalité méritent une attention particulière. L’exploitation des êtres humains est un phénomène d’un autre âge et n’a plus sa place dans nos sociétés. Nous devons le combattre avec force, sous toutes ses formes.

Les femmes et les jeunes filles représentent 80% des victimes de la traite des êtres humains et sont particulièrement exposées aux actes de violence, y compris à caractère sexuel. Nous avons l’obligation morale de faire reculer la violence faite aux femmes, et je tiens à ce titre à saluer l’entrée en vigueur, en aout 2014, de la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Désireuse de se tenir à la pointe de ce combat, la France s’est dotée en 2013 d’une mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains, et adopté un plan d’action en la matière. Ces mesures répondent notamment aux obligations définies par la Convention du Conseil de l’Europe de 2005 relative à la traite des êtres humains.

La criminalité organisée frappe aussi les enfants, victimes notamment du travail et de la mendicité forcés, de la pédopornographie ou de la consommation et du trafic de drogues. La France encourage les Etats qui ne l’ont pas encore fait à ratifier la convention internationale relative aux droits de l’enfant et ses Protocoles. La mise en œuvre de ces instruments est d’autant plus nécessaire que l’exploitation des enfants continue de se développer, en raison notamment de la multiplication des conflits armés. Il incombe également à nos systèmes judiciaires d’apporter une protection particulière aux enfants, dont il convient de protéger les droits et les intérêts.

Monsieur le Président,

Parmi les nouvelles formes de criminalité organisée, le développement de la contrefaçon mérite toute notre attention. A l’origine de dommages considérables pour l’économie, la santé et la sécurité - notamment lorsqu’il s’agit de faux médicaments - la contrefaçon contribue en outre au financement d’autres formes de criminalité, et même du terrorisme. Son essor appelle une mobilisation plus forte de la communauté internationale. C’est la raison pour laquelle nous encourageons tous les Etats à assurer la pleine application de la Convention de Palerme et à adhérer à la Convention MEDICRIME du Conseil de l’Europe, qui représente à ce jour l’unique convention spécifiquement dédiée à la contrefaçon de médicaments.

Phénomène récent, la cybercriminalité représente assurément une menace majeure pour nos sociétés, menaçant tout autant les Etats que les entreprises et les individus. Pour combattre efficacement le cyber-crime, qui ignore les nationalités et les frontières, une coopération internationale renforcée est indispensable. C’est pourquoi nous invitons tous les Etats à adhérer à la Convention de Budapest du Conseil de l’Europe sur la cybercriminalité. Ouverte également aux Etats non membres du Conseil de l’Europe, cette convention offre les outils nécessaires à l’harmonisation des législations et au renforcement de la coopération judiciaire dans ce domaine.

En guise de conclusion, permettez-moi de remercier l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime pour l’ensemble de ses activités dans le domaine de la prévention du crime et de la justice pénale. Je voudrais aussi renouveler mes remerciements à l’Etat du Qatar pour l’organisation de ce Congrès. Avec l’adoption de la Déclaration de Doha, celui-ci a débuté sous les meilleurs auspices. Soyez assurés que la France est déterminée à participer à son succès et à prendre toute sa part dans les efforts internationaux contre la criminalité organisée.

Je vous remercie de votre attention.

Seul le prononcé fait foi

Dernière modification : 14/04/2015

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